LE PLATANE

Une ecorce écailleuse tombant par plaques

La famille des platanacées, ne contient qu'un seul genre (platanus), qui comprend sept espèces, distribuées dans les régions tempérées de l'hémisphère nord. Les feuilles ressemblent à celles de certains érables, mais on les distingue de ces dernières par leur disposition alterne et par leur nervation dite " pédalée " : les nervures en éventail ne partent pas toutes du même point. Les rameaux sont à ramification alterne alors qu'ils sont à ramification opposée chez les érables.

Le platane commun (platanus acerifolia) est un hybride entre le platane d'Orient (des Balkans et d'Asie Mineure) et le platane d'Occident (des Etats-Unis). L'écorce d'abord gris jaunâtre et lisse se transforme en un rhytidome à larges plaques irrégulières, brun clair, s'exfoliant facilement en découvrant le liège très lisse gris verdâtre (les plaques sont plus larges et l'exfoliation plus facile que chez les parents).

Les fleurs sont unisexuées, portées par le même arbre mais sur des pédoncules différents (fleurs mâles jaunâtres, fleurs femelles rougeâtres). Les fruits sont des boules groupant de très nombreux akènes allongés qui persisteront sur l'arbre tout l'hiver pour se disperser au printemps. Le bourgeon à deux écailles est très englobé par la base des pétioles

Pour platanus orientalis en Europe méditerranéenne et platanus occidentalis en Amérique du nord il s'agit d'espèces peu différentes dites vicariantes. Leurs aires de répartition s'excluent, cette disposition peut résulter d'une aire autrefois continue mais avec un processus de spécialisation distinct après avoir été géographiquement séparé, par exemple à la suite de la dérive des continents. Les fossiles du " Crétacé moyen comprennent des restes d'érable, de chêne, de noyer, et de platane. Et ce platane résiste maintenant à la pollution et aux mauvais traitements (taille excessive).

Référence : connaître et découvrir LES ARBRES de Christian Bock édition LIBER

Guide de dendrologie M.Jacamon

Le platane ce géant fragile : il pourrait disparaître sans qu'on s'en aperçoive, miné par le chancre coloré. Heureusement, des chercheurs s'en préoccupent et son avenir semble mieux assuré (magazine de l'express du 8/10/98)

Les souvenirs de platanes sont comme les feuilles mortes, ils se ramassent à la pelle. Le bruit de son feuillage a bercé nos nuits de mistral. Il a veillé sur nos cours de récréation, ombragé les nationales écrasées de soleil. Combien d'apéro de siestes, combien d'après-midi frais sous un platane. Solide, imposant, il émane aussi de ses branchages un je-ne-sais-quoi de monstrueux qui tient sans doute à ses moignons, membres amputés, séquelles de souffrances muettes. Quasimodo sublime, il semble tout pouvoir endurer : la pollution, le manque d'eau, un petit trou de terre dans le bitume, les voitures qui s'encastrent, les tronçonneuses en folie, le temps qui passe.

Il a tout supporté, même l'indifférence. Anonyme des bords des routes, il fait partie du paysage. En ville, les passants peuvent s'extasier devant des marronniers, ils n'auront pas un regard pour les platanes des grands boulevards. Mieux: certains Parisiens sont persuadés qu'ils ne poussent que dans le Midi! Ils constituent pourtant 40 % des arbres de Paris et 60 % de ceux de Londres (1).

Quand il prend de l'âge, on le respecte davantage. Le petit village de Lamanon, dans les Bouches-du-Rhône, a fait de son gigantesque et superbe platane un monument que l'on visite. 35 mètres de hauteur, 9 mètres de circonférence, 7 personnes doivent se tenir par la main pour parvenir à en faire le tour. " Il est magnifique, mais ce n'est pas le plus vieux, estime le Pr André Vigouroux, spécialiste du platane à l'Inra. Il doit dater de la seconde vague des *aooo platanes en France, il y a environ trois cents ans. " Les plus anciens ont été introduits à la Renaissance. On en trouve encore quelques rares exemplaires d'époque (Platanus orientalis) dans les parcs de châteaux, près d'Angers ou en Bourgogne. Plus tard, Louis XV fait planter plusieurs Platanus X acerifolia (platanes communs) dans le parc du Trianon ; certains sont encore là. A la Révolution quelques-uns sont sacrés " arbres de la liberté " , Bayeux conserve le sien, tout près de la cathédrale.

Mais les plus beaux et les plus impressionnants ne sont pas forcément les plus vieux. Le Pr Vigouroux explique que " le platane, comme l'olivier, peut se contenter de peu, mais devient cinq ou six fois plus gros quand il pousse dans des conditions favorables. L'idéal pour lui est d'avoir beaucoup d'eau, contrairement à ce qu'il connaît en ville ". Le superbe platane de Saint-Guilhem-le-Désert, dans l'Hérault, vit ainsi paisiblement au bord de sa rivière et devant son monastère, depuis cent cinquante ans seulement. Le long de la Sorgue, certains platanes passent pour des antiquités alors qu'ils ont tout juste 100 ans.

On s'arrache aujourd'hui les plus beaux spécimens. Devant les vieux mas des Alpilles qui se vendent à prix d'or, les nouveaux propriétaires rêvent inévitablement de grands platanes, comme ceux qu'ils ont vus dans Côté Sud. Pour répondre à la demande, les pépiniéristes vont chercher des arbres en Espagne ou dans des exploitations agricoles de la région. Ils les achètent (environ 10 000 F pour un arbre de belle taille), les transplantent et les revendent (trois fois plus cher). Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la plante résiste sans dommage et surmonte aisément ces grands déchirements.

Ce phénomène de mode autour des platanes de Provence aura au moins permis d'en finir avec les tailles d'autrefois. Les arbres étaient élagués à la sauvage, ne gardant pour l'hiver de leur splendeur de l'été que quelques moignons rabougris. Aujourd'hui, on taille à l'anglaise, en douceur, les branches orientées vers le ciel. Même les ouvriers de l'équipement s'y mettent. Les arbres n'en sont que plus beaux. Mais les plus élégants et les plus vigoureux sont paradoxalement les plus fragiles. Le chancre coloré, ce champignon qui décime les platanes du sud de la France, s'attaque en priorité à ceux qui se portent bien. Les arbres du parc Borély, à Marseille, ont été les premiers à succomber. On recense déjà 40 000 morts, surtout dans les Bouchesdu-Rhône, le Vaucluse et les Alpes-Maritimes. Et l'épidémie commence à toucher d'autres départements : une centaine d'arbres ont dû être arrachés dans le parc de la Tête-d'Or, à Lyon.

Il n'y a, pour l'instant, pas d'autre solution que d'abattre les éléments malades. Pour les autres, quelques mesures d'hygiène permettent de ralentir la propagation de l'épidémie. " Il a été relativement simple de faire comprendre aux élagueurs la nécessité de désinfecter leur matériel, raconte le Pr Vigouroux. Les conducteurs d'engin de travaux publics sont, en revanche, plus difficiles à convaincre. Or, le plus souvent, ce sont eux qui, avec leurs pelles mécaniques, écorchent les racines ou les troncs infectés et transmettent le champignon aux arbres voisins. " Les chercheurs de l'Inra ont plus ou moins renoncé à trouver un traitement qui éradiquerait le chancre coloré. Le dernier espoir repose donc dans la sélection de variétés plus résistantes. Les Américains ont repéré une espèce particulièrement coriace. Elle est malheureusement trop sensible à la sécheresse et ne supporte pas la vie dans nos villes. A Montpellier, André Vigouroux a néanmoins procédé à des croisements de cette espèce américaine avec des platanes européens. 900 hybrides ont ainsi été réalisés l'an dernier. 50 ont semblé survivre au chancre coloré. 600 nouveaux arbres seront testés cette année. 8 000 encore, l'année prochaine. Parmi eux, peut-être, celui qui résistera enfin à cette maladie incurable.

Mais il ne faut pas oublier que la plupart des platanes succombent à des agressions beaucoup plus banales : le manque d'eau, les terres appauvries des villes, les tailles intempestives. Et 60 % des arbres meurent empoisonnés par le sel jeté sur les routes pour faire fondre la neige. Brigitte Benkemoun

le platane d'Orient : on le trouve en Grèce, en Turquie et jusque dans les contreforts de l'Himalaya. Il ne pousse pas très bien en France, ou le climat est trop rude pour lui. Ses feuille sont très longues et très découpées

le platane d'occident ou platane Américain. Il a été introduit en France au 18éme siècle mais il a été décimé par l'arachnéose. On en trouve quelque spécimens qui se remarque par des feuilles très larges et peu découpées.

Le platane commun : c'est le nôtre. On raconte qu'il est issu d'une hybridation de hasard dans un jardin anglais entre un platane du nouveau monde et un orientalis de Grèce ou de Turquie. Son feuillage est une sorte de métissage de celui de ses parents

(1) Source : Le Platane, d'Alain Pontoppidan. Actes Sud

LE PLATANE OU LA PERMANENCE

 

Tu borderas toujours notre avenue française pour

ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit

sèchement de la platitude des écorces,

 

Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte

au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus

tronqué,

 

Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu

prépares à bout de branches pour le rapt du vent

 

Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse

ou les tuiles d’une maison….. Tranquille à ton devoir

tu ne t’en émeus point :

 

Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu’un

seul succédant vaille au fier Languedoc

 

A perpétuité l’ombrage du platane.

 

Francis Ponge

 

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